Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /

Retracer l'histoire des Arts Martiaux au Viet Nam et  leur origine est une  tâche assez malaisée. Il faut en effet s'attaquer à une tradition séculaire dont les traces se sont sinon effacées, du moins estompées par des siècles de domination, d'incompréhension ou d'ignorance.

Malgré tout, "à cœur vaillant, rien d'impossible". Celui qui s'attache à remonter le fleuve-temps finit tôt ou tard par remonter jusqu'à sa source. C'est le sens du magnifique travail effectué par Serj Le Maléfan, dont les pages qui suivent sont issues de son livre : "Vo Thuat". 

 

Serj Le Maléfan

L'auteur de cet historique enseigne le Vo depuis 1978. Après avoir  pratiqué  puis  dispensé les techniques de plusieurs écoles Externes présentes en Occident, sa recherche s'est orientée, au contact de certains "vieux maîtres" restés dans l'ombre, vers la pratique des  Ecoles internes.

Il enseigne actuellement, en qualité d'expert, les connaissances et les techniques du courant  Vo-Thuat Y-Quyen au sein du Centre d'étude et de recherche pour les arts martiaux château  Bulat-Pestivien 22160 Callac.                                                   

 

GENERALITES

 

Les termes Vo-Vietnam sont d'une création récente, du moins dans leurs association, tout comme le sont aussi ceux de Viet Vo Dao, Vovinam Viet Vu Dao, Qwan Ki Do, Viet Quyen That, ect,...

Ils sont néanmoins intéressants par le fait qu'ils associent le Vo (pratique martiale) au nom du pays d'origine (le Viet nam).

 

Au Viet nam, l'appellation la plus utilisé est celle de Vo-Thuat qui désigne l'art de pratiquer les techniques martiales. On retrouve d'ailleurs les même termes en chine et au japon avec les termes- WuShu et Bu Justsu-, les idéogrammes restant identiques; ou encore Vo ta (art martiale nationale), ou Vo Co Truyen (art martiale traditionnel).



 

LES MAITRES DE VILLAGE

 

Contrairement à ce que nous connaissons en occident (nombre important de clubs et de pratiquants, fédérations), ce type de structuration n’a jamais existé au Viet Nam sur le plan national (bien qu’il y ai eu certaines tentative d’unification dans les année 60, afin de promouvoir le Vo face au développement de disciplines étrangères) .

La pratique du VO est restée très secrète et cela s’est plus ou moins prolongés après 1955 (indépendance et séparation du pays en deux), ce qui à permis l’éclosion rapide, au sud du Viêt Nam, d’art martiaux venant de Corée et du japon .

 

Bon nombre de jeunes vietnamiens furent plus attirés par ces disciplines que par l’art national qui, lui, continuait à être pratiqué presque « confidentiellement » en ne s’ouvrant que très peut au publique ( le maitre NGUYEN-LOC fût l’un des premier à démocratiser un peu plus la pratique en créant le mouvement populaire VOVINAM  en 1945).
 

Parallèlement le VO restait avant tous le fait de « Maitres de villages » qui n’enseignaient qu’à un nombre réduit d’élèves, ou la « propriété » de familles aisées qui conservaient jalousement les techniques de leur école ( GIA PHAI )  à l’exclusion de toute autre personne .

D’autre part existait aussi une pratique plus disparate du fait de comédiens ambulants, de moine itinérants ou de guérisseurs et marchants ambulants.

Ce rapide tableau nous montre combien la pratique du VO était éloigné de ce que nous connaissons aujourd’hui. Il ne s’agissait pas d’une simple passion (encore moins d’un loisir) mais bel et bien d’un enseignement fait par tradition pour défendre leur vie contres bandits et envahisseurs.

A cette époque, les techniques devaient rester secrètes et les maîtres cherchaient à dissimuler leur savoir derrière des appellations imagées compréhensible du seul initié.

 

LA RICHESSE DU VO

 

Les rares documents écrits, l’étaient les plus souvent, en caractères chinois (chu-han) ou sino-vietnamiens (chu-nom), et ne pouvait donc être déchiffrés que par de rares lettrés. Nous ne savons que peut de choses de la pratique du Vo au Viêt Nam, sinon qu’elle fut un temps interdite ou « récupérée » officiellement sous son seul aspect sportif de mise en condition physique.

Pour ce qui est de la diaspora vietnamienne (implantée notamment en Europe et aux USA), ce foisonnement des écoles et des styles (parfois rivaux) est toujours la règle malgré les différentes tentatives de regroupement dans une fédération. Ce foisonnement pose problème pour nos esprits cartésiens qui veulent que tout soit structuré et codifié.

Cependant, il est la preuve de la formidable richesse du Vo, capable des créations les plus diverses à partir du fond traditionnel. Ces codifications strictes et programmes bien définis, ainsi que les regroupements en fédérations sont souvent trop nivellateurs (quand à la recherche technique).

C’est là un danger de mort pour les particularismes et les écoles dont les maîtres n’accepterons pas les exigences « de mise en scène médiatique » ni une quelconque uniformisation appauvrissante. Autrefois, la pratique n’était pas limitée par un programme unique, figé. Chaque Vo-Sinh choisissait son chemin (du moins son maître l’amenait-t-il a le découvrir) selon sa morphologie et son tempérament (dans certaines écoles, il était même établi un horoscope –La so tu vi- pour chaque élève, selon l’astrologie et la cosmogonie sino-vietnamienne, afin de déterminer le profil de la pratique personnelle). S’il existe un si grand nombre de Tao par école, c’est, pour une part, à cause de cette possibilité de travail plus personnalisé où chacun devrait pouvoir trouver des formes correspondant le mieux à sa propre personnalité. Il faut aussi parler des rapports entre le Vo (en tant qu’Art Martial du peuple vietnamien) et la boxe chinoise (Vo tau ou Vo that bi thuyen Trung Hoa). Trop souvent, le Vo est cité en référence aux arts martiaux chinois, comme s’il n’en était qu’un sous produit. Or, nous le verrons dans l’historique, le Vo est intimement lié à l’histoire du peuple vietnamien qui fut, au travers de dures épreuves, le rendre toujours plus performant, en le remodelant sans cesse.  

 

 

UN CREUSET

 

Il est indéniable que les arts chinois ont influencé la pratique martiale au Viêt Nam (comme dans de nombreux autres pays asiatiques) et que certaines écoles vietnamiennes anciennes (Thieu Lam, Bach My Phai…) ou actuelles (Qwan Ki Do, Ecole Hoang Nam…) trouvent directement leur source en chine. Cependant, cela n’autorise pas à définir le Vo comme Art Martial sino-vietnamien (même si, comme nous l’avons dit, certaines écoles sont bien d’origine sino-vietnamienne) en lui déniant toute authenticité par rapport à une culture et une histoire bien particulière.

Que faudrait-il dire alors de ces formes de Karaté-do comme le Gojo-ryu, l’Ueshi-ryu…qui viennent directement de chine ou d’autres disciplines plus connues comme le Ju-Jitsu ou l’Aïkido qui ont toutes puisé à la source chinoise. Le Vo tire ses racines de l’antiquité vietnamienne (bien avant la présence chinoise) et son développement technique s’est fait, notamment, pour répondre aux invasions de la chine des Han ou encore des Ming, sans oublier les incursions mongoles et les guerres contre les Châms ou les Cambodgiens.

C’est au cours de cette histoire que le peuple vietnamien a crée et enrichi ses propres techniques et styles divers qui ont, à leur tour, été influencé (ou ont aussi influencé) par les techniques chinoises, mais aussi indonésiennes ou tibétaines. Il ne s’agit donc pas pour le Vo d’un simple calque des méthodes chinoises, mais bien d’une confrontation et échanges (qui eurent d’ailleurs lieu dans les deux sens), le Viêt Nam ayant toujours été un creuset où les influences étrangères se trouvaient remodelées au contact des connaissances et des traditions du pays Viêt. Des fouilles archéologiques (Dong Son) témoignent de l’existence, dés la préhistoire et la haute antiquité, de techniques guerrières utilisées par les anciens vietnamiens. Ces techniques commencèrent à véritablement s’affiner et à se développer pendant la dynastie des Hung Vuong qui règna sur le Van-Lang (royaume de l’ancien Viet Nam) du VIIe au IIIe siècle av. J.C.

 

HISTORIQUE

 

 

L’empereur Hung Vuong 1er est considéré comme étant le créateur du Vo-that par de nombreuses écoles qui lui rendent hommage, à ce titre, chaque année. A cette époque, l’étude du Vo était surtout basée sur l’apprentissage des techniques d’armes (Vo-Khi ou Binh-khi), come la hache (Can phap), le poignard (Dao gam), l’arc (Cung ou Cai giang) ou encore l’arbalète (No ou Cai no). De nombreuses légendes, relatives à cette période, racontent les exploits de personnages rendus célèbres grâce à leurs armes devenues magiques (tel An Duong Vuong et son arbalète magique qui pouvait tuer 1000 adversaires à la fois). Devant l’imminence de l’invasion chinoise, la formation militaire du peuple vietnamien et la construction d’ouvrages fortifiés ne firent que s’accélérer (la construction de la citadelle de Co-Loa en est un exemple). Mais au-delà des seules techniques de combat, on assista aussi à l’émergence des premières théories définissant l’utilisation stratégique et tactique de l’art guerrier (Vo-that), tant pour l’armée –combats de groupe- que pour la pratique individuelle.

Ces théories donnèrent d’ailleurs naissance à de nouvelle techniques plus riches encore, dont certaines constituent encore la racine des formes travaillées aujourd’hui. Certains novateurs comme Trieu Quang Phuc, Ly Nam De, Trung Vuong, utilisèrent contre les chinois, des techniques basées sur le « Di doan thang truong » (supériorité des techniques rapprochées), le « Phan tan biên phap » (méthodes des esquives sans résistance) ou encore le « Di nhu thang cuong » (utilisation de la souplesse contre la force), lors d’une longue lutte où les vietnamiens développèrent la pratique de la guérilla (du Kich chiên) face à la puissance militaire des envahisseurs. Cependant, la présence chinoise au Nam Viet devait durer près de 1000 ans (111 av. J.C. à 938 ap. J.C.) ; dix siècles pendant lesquels la culture, l’organisation (administration, langue,…) et la philosophie (Taôisme, confucianisme, bouddhisme) chinoises aller marquer durablement le peuple vietnamien, sans pour cela réussir à lui ôter son originalité.

Organisé « à la chinoise », le Viêt Nam conserve farouchement et sauvegarde sa propre culture ancestrale, ainsi que ses traditions martiales qui se perpétuent dans le secret.

Aussi, de puissants soulèvements purent-ils avoir lieu (sœurs Trung, Ly Bon, Bo Cai Dai Vuong), montrant que le peuple vietnamien prenait peu à peu conscience de sa nationalité et de sa volonté d’indépendance. A cette époque, le viet nam est un véritable carrefour économique et un creuset culturel, étape réputée entre l’inde et la chine. Il profitait de l’influence conjuguée de ces deux pays, sans oublier celles de la Malaisie et des iles indonésiennes (influence qui marquèrent profondément la vie culturel mais aussi le domaine des arts martiaux). Très tôt (II siècle ap. J.C.), le Bouddhisme indien fût introduit au Giaoi-Chi (autre nom de l’ancien Viet Nam) peu a peu remplacé (vers la fin du VI siècle par) par le Bouddhisme thien (chan) d’obédiance chinoise, ce qui ne sera pas sans conséquence sur la pratique martiale. En 938, Ngo Quyen chasse l’envahisseur chinois et fonde un état indépendant. Le pays s’organise et devient, sous la dynastie des Ly, le Daï Viet. Le Vo sort enfin de l’ombre ; il va participer à l’éducation générale du peuple vietnamien auquel ses dirigeants veulent insuffler un sentiment d’unité nationale. Ses techniques ont atteint un haut niveau et sa pratique repose sur un esprit chevaleresque empreint des principes des trois philosophies (Tam Giao : Confucianisme, Taoisme et Bouddhisme) et faisant apparaître les termes « Dao » (Voie, au sens spirituel).

 

 

LES CHEVALIERS AU GRAND COEUR

 

C’est une grande nouveauté, à une époque ou les mœurs restent encore très frustes (les plus souvent basées sur la violence), de voir la pratique martiale comme une voie pour l’accomplissement spirituel de l’individu. La frontière entre l’art de la guerre (à l’usage de l’armée) et les arts martiaux deviendra encore plus précise. De nombreux maître quitteront le devant de la scène pour s’isoler dans la montagne, refusant ainsi les honneurs pour ne se consacrer qu’à leur recherche physique et mentale. Ils n’acceptaient que peu ou pas de disciples (leur enseignant des disciplines aussi diverses que la calligraphie, les échecs chinois, la philosophie ou encore les secrets de la médecine traditionnelle. Ils vivaient le plus souvent tres modestement, certains d’entre eux étant de perpétuel voyageurs allant de temple en villages et n’étant soumis à aucun carcan administratif. La littérature vietnamienne regorge de récits retraçant les pérégrinations de ces hommes décrits comme des « chevaliers au grands cœur » et qui n’hésitaient pas à se porter au secours des humbles villageois. D’autres maîtres d’arts martiaux (Tay Vo) par contre, recevront des nominations officielles pour aller enseigner dans les plus lointains villages (chaque village devait avoir son instructeur reconnu) ou pour dispenser leurs connaissance aux gens de la cour impériale (obligation étant faite à tous les fonctionnaires et courtisans de pratiquer le Vo).

 

 

LES INVASIONS MONGOLS

                                                     

 

 

Des rencontres régionales et nationales avaient lieu tous les ans, pour les premières, et tous les trois ans pour les secondes, permettant aux meilleurs éléments d’obtenir des postes d’officiers dans la garde Impériale. Sous la dynastie des Tran (1225- 14OO) seront crées des licences et doctorats des arts martiaux, ainsi qu’une académie des arts martiaux (Giang Vo Duong). C’est là une véritable « âge d’or » de la pratique martiale au Viêt Nam, âge d’or qui donne toute son originalité au Vo en tant qu’art martial porté par tout un peuple. Il existait dejà, bien sûr, de nombreuses écoles ou styles (parfois forts différents dans leur approche de la tactique du combat) ; cependant, à la différence d’autres pays asiatiques, la pratique martiale, en cette fin de « moyen-âge » vietnamien, n’est pas réservée à la seule caste militaire ou aux nobles. Ainsi verra-t-on, lors des invasions mongoles (XIIIe siècle), le général Tran Hung Dao réunir tous les maîtres d’arts martiaux pour leur demander de s’unifier afin de former l’ossature de l’armée populaire (Nhân Dân tu vé).

Armée qui devait par trois fois, vaincre la puissante armée mongole (sauvant ainsi, par contrecoup, le Japon d’une nouvelle invasion des troupes de Koubilaî) grâce à la mise en pratique des théories martiales citées. Pour la première fois, à cette occasion, toutes les techniques seront présentées et codifiées, d’autres étant inventées ou améliorées pour répondre à la menace spécifique (notamment les techniques de ciseaux –Giao long cuoc- destinées à désarçonner les cavaliers après leur avoir tendu des embuscades dans des chemins creux).

Suite à cette victoire sur l’armée mongole, le Daï Viêt connu une forte popularité auprès des différents peuples de la péninsule indochinoise et du sud de la chine ; il va sans dire que ces techniques martiales, recevant là un éclat particulier, furent copiées et influencèrent à ce moment la pratique des pays proches.

Malheureusement, cet essor des arts martiaux vietnamiens sera de courte durée. A la fin de la dynastie des Tran (1400), le pouvoir Impérial, en pleine décadence, se met à craindre le peuple et lui interdit toute pratique martiale, celle-ci devenant l’apanage des officiers, des nobles et gens de cour. L’armée se sépare ainsi peu à peu de la population et lors de l’invasion des Ming (1406) elle s’écroule littéralement devant les troupes chinoises. La colonisation des Ming est particulièrement pesante et féroce ; on assiste à une politique d’assimilation sociale et culturelle forcenée. Les chinois réquisitionneront même tous les grands ouvrages de la littérature vietnamienne pour les bruler ou les conserver pour eux-mêmes, tentant ainsi d’anéantir le patrimoine culturel du Viêt Nam.

Les tentatives de révolte furent vite écrasées tant était pesante et efficace la « chape de plomb » étrangère !

 

 

PLUSIEURS COURANTS ENNEMIS

 

 

 

Il faut attendre Le-Loi et ses partisans (formés à la pratiques de l’école Lam-Son) pour voir le peuple vietnamien, grâce à une énergie patiemment et secrètement emmagasinée, réussir à rejeter l’envahisseur hors de ses frontières (1427). Arrivé au pouvoir, Le-Loi va réorganiser le pays, instituant des concours littéraire pour recruter les cadres de l’administration impériale (le Confucianisme va alors prendre le pas sur le Bouddhisme) et favorisant le développement de la pratique des arts martiaux auprès de toutes les couches de la population. Il organisera des examens de Vo (Minh Kinh Khao) à différents échelons afin de sélectionner les meilleurs éléments pour la garde Impériale. L’instruction suscitera l’émergence d’une pratique martiale allier à l’acquisition de connaissance intellectuelle et philosophique (on retrouve là, notamment, l’influence de Nguyen-Train, célèbre écrivain et penseur qui seconda Le-loi lors de la guerre d’indépendance). Pendant la longue période qui va suivre (début du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle le Viet Nam va connaitre une guerre fratricide, continuelle entre le nord (dynastie des Mac et des Trinh) et le sud (dynastie des Le puis des Nguyen). Le Vo va alors se séparer en plusieurs courants ennemis selon le soutien apporté à l’une ou l’autre dynastie. Il connaitra ainsi une différenciation de plus en plus forte entre les pratiques, suivant leur implantation géographique, amenant la création de styles bien spécifiques ; de plus dans le sud l’arrivé massive d’immigré chinois (ayant fuit leur pays devant l’invasion des Mandchous) allait influencer durablement les écoles de cette région.

 

 

LA REUNIFICATION

 

 

A la fin du XIIIe siècle, une violente révolte, partie du sud, va balayer les états Nguyen et Trinh. Les Tây-Son conduit part Nguyen-Hue (experts d’arts martiaux de Binh-Dinh), grâce à leurs pratique martiale intelligemment utilisées, vont défaire les troupes Impérial. Ainsi que celle envoyer part la dynastie chinoise des Quing, lors de la bataille Thang-Long (nom de l’ancienne capitale du Nord Viêt Nam. Quang-Trung assurera le renouveau de la nation vietnamienne en s’appuyant sur une solide bureaucratie mandarinale où les militaires prenait largement le pas sur les civiles. Il va favoriser l’implantation d’écoles d’art martiaux dans tout le pays, toute en redonnant au Vo sa valeur éducative pour l’individu par le respect, pour le pratiquant par un code d’honneur et de conduite, fortement influencé par les doctrines Confucianisme. Ayant réunifié le pays, Nguyen-Hue prit le nom de règne de Quang-Trung.

 

 

 

LE PERE DES ELEVES

 

 

Tam Cương, Ngũ Thường  (Trois Règles primordiales  et Cinq Vertus cardinales)

 

Tam Cương: Quân, Su, Phu, (rois, professeur, père)

Ngũ Thường: Nhân, Nghĩa, Lễ, Tri', Tín. (la bonté humaine, le devoir, la courtoisie, la confiance, Le savoir)

Dans le Viêt-Nam d'antan, le Vietnamien devait accorder à son professeur non seulement toute son estime mais aussi un rôle plus crucial que celui de son père dans cette trilogie immuable suivante: Quân, Sư, Phụ ( Roi, Professeur, Père ). Il ne tardait à afficher les trois reconnaissances suivantes qu'il devait maintenir jusqu'à la fin de sa vie:

Nhơn hữu tam tình
Khả sự như nhứt
Phi phụ bất sinh
Phi quân bất vinh
Phi sư bất thành

Nguoi ta có ba ơn
Nên thờ trọg như một
Không cha, mình chẳng sanh
Không vua, mình chẳng vinh
Không thầy mình chẳng nên.

On a trois reconnaissances
Qu'on devrait considérer respectueusement comme s'il y en avait une seule
Sans père, on ne voit jamais le jour
Sans roi, on ne connaît pas la gloire
Sans professeur, on ne devient jamais un homme instruit

 

Le rôle du professeur était si important que personne n'oubliait les paroles immortelles du philosophe chinois Lão Ðam à l'époque de la dynastie des Chou:

 

Làm thầy thuốc mà lầm thì chỉ giết một người
Làm địa lý mà lầm thì chỉ hại một dòng họ
Làm chính trị mà lầm thì chỉ hại có một quốc gia
Làm văn hoá mà lầm thì giết cả muôn đời

Etant médecin , on ne tue qu'une personne en cas d'erreur.
Etant géomancien, on ne tue qu'une famille en cas d'erreur
Etant politicien, on ne nuit qu'à un pays en cas d'erreur
Etant professeur, on détruit tout pour l'éternité en cas d'erreur

 

 

La caste militaire (et plus généralement martiale) connaitra alors une structuration basée sur ces principes relationnels et selon des codes de conduite sensiblement identique à ceux que l’on peut retrouver en Chine, mais surtout au Japon, à la même période. Ainsi, l’acte de suicide (Tuân tiêt ou Tu-sat) sera-t-il mis à l’honneur lorsque les principes inhérents à ces codes de conduite n’auront pas été respectés par des membres de la caste guerrière ou par des mandarins. Le règne de Quang Trung verra de même l’édification de normes strictes, elles aussi basées sur les doctrines confucéennes, pour ce qui concerne l’entrée et l’appartenance à une école d’arts martiaux, où le maître était considéré comme le père des élèves (Su Phu).

A cette époque apparaîtrons des groupes de guerrier très spéciaux comme les Bao Tieu (« protecteurs des biens ») qui louaient leurs services auprès des riches marchands ou des seigneurs afin d’assurer la protection de ceux-ci lors de leurs déplacements ou celle de convois spéciaux attirant la convoitise de bandits de grand chemin. Plus secrets seront les Nhan Da ou Kieu Dung (semblables au ninjas japonais), pratiquants d’arts martiaux de haut niveau qui connaissaient parfaitement le maniement des armes traditionnelles (Thâp bat Ban) et diverses techniques secrètes permettant de s’introduire sans bruit dans les châteaux en se fondant dans la nuit, prêts à surgir au moment propice. Le XIXe siècle va marquer un tournant dans l’histoire du Viêt Nam (comme d’ailleurs pour de nombreux autres pays asiatiques). L’influence occidentale se fera de plus en plus pesante pour aboutir finalement à la colonisation française. La dynastie des Nguyen (empereur Gia-long), embourbée dans une tradition trop passéiste, ne fera que retarder l’échéance sans pouvoir changer le cours des choses.

Les Français, forts de leur puissance mécanique, vont assez rapidement se rendre maître du pays, faisant éclater les structures sociales archaïques et obligeant les écoles d’arts martiaux à se réfugier dans la clandestinité. Cependant, lors de l’invasion étrangère, de nombreux pratiquants firent preuve d’un héroïsme extraordinaire (malheureusement inefficace) en n’hésitant pas à affronter les armes à feu avec leurs seules armes naturelles ou armes blanches. Beaucoup d’experts et de maîtres de la « vieille école » trouvèrent ainsi la mort lors de ces combats inégaux.

Pendant toute la période de la colonisation, le Vo se réfugia dans l’ombre, toujours pratiqué derrière « la haie de bambou » et ressurgissant notamment lors de coups d’éclat perpétrés par les sociétés secrètes (Cao Dai, Minh Ly,…).

 

 

LA DIVERSIFICATION

 

 

 

Du fait de son interdiction et de l’évolution de la société, le Vo va peut à peut être oublié par les conceptions et le mode de vie des occidentaux. Cette situation de clandestinité favorisera encore plus la différenciation entre les écoles selon leur implantation géographique (le Vo Bach Ninh au nord, influencé en partie par les styles du sud de la chine- le Vo Quang Binh et le Vo Binh Dinh au centre- le Vo Lâm au sud, influencé par les écoles chinoises du nord).

A la veille de l’indépendance (1955) différents groupements, sous le couvert d’associations sportives, virent le jour, avec notamment le mouvement VOVINAM du Maître Nguyen-Loc, le Tinh Vo Hoi (arts martiaux sino-vietnamiens, avec entre autre le Maître Chau Quan Ky ; le Vo-Vietnam de Maître Cuton ou encore le Vu Dao de Dat Do de Maître Pham Van Tam).

Ces groupements connurent une structuration plus forte dans les années 60 (dans le sud seulement), avec notamment la création du Tong Hoi Vo Hoc Viêt Nam (Confédération nationale pour l’étude des Arts Martiaux vietnamiens). Cette confédération fut notamment créée pour contrecarrer l’influence sans cesse grandissante auprès de la jeunesse vietnamienne, de disciplines martiales venant d’autres pays asiatiques.

Les événements de 1975 firent éclater ce cadre, obligeant les écoles à fermer leurs portes amenant nombre de leur Maîtres et pratiquants à quitter leur pays (dans des circonstances, souvent dramatique) pour s’expatrier définitivement en occident.

 

De nos jours, il existe une grande fédération qui regroupe tous les arts martiaux d’origines vietnamiens ou d’autres pays : Lien Doan Vo Thuat Co Truyen Viet Nam.

 

Partager cette page
Repost0